Groupe d'écriture les écriLIBRistES
Les écriLIBRistES de l’Amalgame partagent leur écriture créative slam, chant ou texte lu d’environ trois minutes.
Les rencontres sont via zoom habituellement à 19 h, le 3e jeudi du mois.
Communiquez avec Louise La Rue à louiselarue@hotmail.com pour plus d’informations pour rejoindre le groupe.
Texte septembre 2026 par Marie-Blanche Rémillard
Un septembre de feu par Marie-Blanche Rémillard septembre 2026
16 septembre 1977, deuxième semaine de cours à l’École des Beaux-Arts : grande joie, j’ai toujours aimé le commencement de l’année scolaire. C’est la veille de mon premier cours de sérigraphie, je me couche tôt et m’endors immédiatement, la tête pleine de couleurs, d’encre sur les doigts et d’odeurs de diluants.
Au milieu de la nuit, je suis brusquement réveillée par une odeur âcre de brûlé et par des bruits inhabituels, un genre de crépitements. Je sors du lit précipitamment et constate que l’odeur vient de l’extérieur de l’appartement. J’entrouvre la porte d’entrée et la referme immédiatement. ‘’Pire que pire, que pire, je le répète comme une démente. Il n’y a aucune issue. Je me précipite à la fenêtre la plus proche, ouvre les deux battants et m’assois les jambes pendantes et le cœur sens-dessus-dessous. Mon appartement du ‘’faubourg à m’lasse’’ est situé au coin d’une rue passante de Montréal, très fréquentée le jour mais désespérément déserte cette nuit. Pas un chat. Il ne sert à rien de crier. Je lorgne avec désespoir le trottoir 25 pieds plus bas, Dur, trop dur! Je me casserais tous les os.
Attirés par l’évènement, les hommes sortent par grappes des tavernes avoisinantes. Entre temps, les craquements et les grondements du feu augmentent. La chaleur est intense et le bas de mon dos me fait mal, trop de chaleur pour une peau humaine. Quelques hommes se trouvent maintenant sur le trottoir juste en bas de chez moi et se disposent en cercle pour m’attraper. Ils me crient : ‘’Sautez, mademoiselle’’. Mes cheveux grésillent, je panique et hurle : ‘’je saute’’. Je me laisse tomber dans le beigne formé par leurs bras. J’atterris, les fesses sur le trottoir, manquant de peu les bras de mes sauveteurs encore levés vers le ciel.
Au contact du sol, une douleur fulgurante explose dans le bas de mon dos et, du coup, je perds le contact avec mes jambes. On me transporte de l’autre côté de la rue, là où les débris de bois brûlé tombant de la fenêtre ne pourront pas m’atteindre. Je suis assise sur le trottoir, jambes étendues, appuyée sur mes bras qui n’en peuvent plus. À un jeune homme qui me propose de l’aide, je demande d’adosser son dos au mien pour me stabiliser en position assise. Un agent de police me demande mon numéro d’assurance sociale dont je me souviens parfaitement. Je sais pourtant que quelque chose de grave vient de m’arriver, que ma vie va changer du tout au tout. J’ai tout perdu. J’ai mal comme ce n’est pas possible. Puis arrive l’ambulance. Après tout, j’ai mes bras, mes mains, ma tête et, pour le reste, c’est le saut dans l’inconnu.
À l’aube d’un autre septembre, 49 ans plus tard, je revis la trajectoire de ma vie. Devant ma table de travail, entourée des pinceaux, dessins, ciseaux, aquarelle, bien installée dans mon fauteuil roulant, je me dis que ce septembre 1977 n’a pas été qu’un mois de feu et de douleur. Ce fut plutôt un moteur de découvertes et de nouveaux départs.
Texte août 2026 par Richard Perron
Doux mois d’août par Richard Perron août 2026
L’inspecteur Dubreuil s’ennuie. Cornwall est au beau fixe. En fait, c’est le mois d’août qui est au beau fixe. Depuis le 2, la météo est magnifique. Demain, ça fera quatorze jours consécutifs que la température se maintient à 26°, accompagné d’une légère brise tout à fait rafraîchissante, avec des nuits entre 16 et 18°. Les Aoûtiens sont comblés. Le temps est tellement clément que personne n’éprouve le besoin de se retrouver à l’ombre, ce qui explique sans doute la mélancolie de notre policier. En ce qui concerne les juillettistes, leurs retour au boulot ne les rebutent pas trop, puisqu’ils profitent de belles soirées pour relaxer sans s’incriminer par des actions illicites qui les empêcheraient de jouir de la douceur de cette période exceptionnelle.
Comme le dit le vieil adage: Le bonheur des uns fait le malheur des autres. L’autre étant, dans ce cas Aristide Dubreuil, inspecteur des crimes de la force constabulaire de Cornwall. Aristide sombre dans l’apathie. Plus rien ne l’allume. À un point tel, que l’inspecteur en chef se prépare à lui donner congé afin qu’il puisse profiter de cette accalmie pour retrouver une certaine joie de vivre. Hélas, le téléphone du directeur brise le silence, ainsi que la quiétude nonchalante du haut gradé.
-Bonjour monsieur le directeur… Oui oui, je vous écoute… Quoi? … Vous en êtes bien
certain?… Non non bien sûr, je ne mets pas votre parole en doute monsieur le directeur, … … D’accord j’affecte mon meilleur limier à cette affaire… Oui, exactement, l’inspecteur Dubreuil en personne.… Bien sûr monsieur le …Oui, je vous tiens au courant… J’en suis bien conscient mons. … Il raccroche. Puis compose le numéro de son employé.
-Allô, Dubreuil? Oui c’est bien moi…. Ce qui vous vaut mon appel? Je viens de recevoir un appel du directeur…. Oui, lui-même, imaginez vous, que selon environnement Canada, nous
pourrions dans un avenir très rapproché, perdre jusqu’à 10° le jour et 8 la nuit… C’est ce que je lui ai dit, mais il n’a pas apprécié que je mette sa parole en doute. … Oui! Oui! J’y arrive. Il voudrait que nous enquêtions sur ces disparitions caloriques. … Tout à fait, c’est pourquoi je vous demande de vous occuper personnellement de cette affaire. … Bien sûr vous avez carte blanche et je m’efforcerai de vous donner tout le soutien possible. … C’est ça, attelez vous le plus tôt possible à la tâche. Et surtout tenez moi au courant de la suite des évènements. Merci, Aristide, j’ai confiance en vous, ne me décevez pas.-
Lorsque le chef mit fin à la conversation, Dubreuil inspira profondément tout en se demandant par où commencer. Après un temps de réflexion, il s’est rappelé avoir rencontré il y a quelques années, lors
d’une exposition de science, à laquelle participait sa fille Alexandria, un des juges, météorologue de profession très connu dans le monde de la francophonie Ontarienne, Robert Perron! Celui-ci, lui avait dit que les variations de température étaient dues à plusieurs facteurs qui rendaient complexe l’étude de ces caprices climatiques. Particulièrement avec le réchauffement planétaire. Aristide réfléchit longuement sur ce
souvenir de conversation météorologique. Il comprit alors que, parler de la pluie et du beau temps, n’est pas aussi banal qu’on le croit.
Dois-je prendre ces propos à la lettre? Faire arrêter tous les facteurs. Je ne crois pas que poste Canada accepterait cette décision sans nous demander les raisons de cette décision. Museler les météorologues ? Nous serions accusés de brimer la liberté de presse et d’expression. Incarcérer les fabricants de thermomètres, les accusant de terrorisme ? Nous serions alors traînés au banc des accusés comme criminels économiques.
Il ne reste qu’une seule possibilité, la vérité ! Le débalancement climatique mondial, ne cessera jamais tant que le président des États Unis s’entêtera à nier le détraquement du climat planétaire.
Il décrocha son combiné et appuya sur le bouton dédié à l’inspecteur en chef. Allô patron?… Je crois avoir trouvé le moyen de remédier à la situation. … Oui déjà, …c’est tellement simple, cependant, je n’ai pas de solution à cours terme. Il faudra un peu de patience pour obtenir un résultat, encore là, plus ou moins satisfaisant à long terme. Il suffit de bombarder les médias sociaux de commentaires niant les effets du réchauffement climatique. … Non non, écoutez bien la suite. Ces posts devront être l’œuvre de scientifiques extrêmement crédibles. … Pourquoi? C’est là toute l’astuce. En agissant ainsi, les imbéciles de la toile, dénonceront ces posts, affirmant que ce ne sont que des inventions ridicules, des fake news propulsés par le gouvernement afin de nous cacher la lente agonie de l’humanité. … … Exactement, le corniaud américain se sentira obligé de contredire cette nouvelle rumeur,
affirmant comme il le fait toujours, qu’il est le seul à savoir comment juguler ce complot démocrate qui veut déstabiliser les républicains afin de nuire à MAGA. … Le seul ennui, c’est que ce sont ces abrutis qui se vanteront d’avoir sauvé l’humanité. Merci chef! … Je n’ai fait que mon travail, c’est à dire combattre le crime sous toute ses formes.